Sic transit gloria mundi

Le blog de Keyvan Nilforoushan

C’était en 2001

Je me souviens… C’était en 2001. Sciences-po ouvrait une filière spéciale ZEP.

J’étais encore étudiant à l’époque (pas à Sciences Po, en école d’ingénieur, mais j’avais beaucoup hésité) et forcément nous en parlions beaucoup : dans le meilleur des mondes, cela serait bien, mais dans la vie réelle c’était idiot, inconsidéré, … Il fallait bien sur prendre le temps de réfléchir, de consulter, et d’apporter une solution globale et non parcellaire. Après tout, à quoi bon en “sauver” quelques uns si on ne résout pas intégralement le problème des ZEP ?

Ridicule.

Je commençais à l’époque tout juste à découvrir les mécanismes de la résistance au changement. Et notamment cet usage redoutable du “à quoi bon”, du “meilleur des mondes” et de “la vie réelle” pour tuer les idées qui dérangent. La nouveauté est condamnée pour délit de naïveté – et avec suffisamment de cynisme, on peut rendre naïves les idées les plus pragmatiques.

Pourtant j’aime bien la naïveté, c’est ce qui permet de continuer à s’émerveiller de temps en temps…

Ne me parlez pas
De la sagesse des vieux hommes, mais plutôt de leur folie
De leur peur de la peur et de l’agitation (…)

— T.S. Elliot (East Coker)

Dans mon école, les ZEP n’étaient pas le problème principal. Nous avions 14 % d’élèves étrangers (soit presque autant que de femmes !) et la question du jour était de savoir comment réussir à en “intégrer” plus, dans le sens d’augmenter ce nombre sans pour autant changer quoi que ce soit à l’école. Nous cherchions en somme cette diversité magique qui apparaît dans les statistiques mais pas dans le quotidien.

Le temps a passé. J’étais récemment à l’ESCP Europe et surpris de voir quasiment tout le monde parler français parfaitement, mais avec un accent (ou plutôt, une multitude d’accents, certains du soleil et d’autres de la pluie). 75% d’étudiants étrangers. Quelle chance phénoménale pour les quelques français ! J’aurais aimé avoir ce même bonheur. Ne nous trompons pas : c’est dans ce genre d’environnement que nous formerons ceux qui vont inventer les premières PME multinationales.

Oui, l’enseignement supérieur a bien changé en 15 ans, et Richard Descoings a joué un rôle majeur là-dedans. C’est parce qu’il a enfoncé des barrières et essuyé des plâtres (et sans nul doute fait plein d’erreurs) que les suivants on pu enjamber ces barrières. Et quand on lui en parle, il répond – avec beaucoup plus de modestie dont je ne serais moi-même capable – “Je laisse à chacun le soin de juger si, en quinze ans, j’ai fait deux-trois choses qui ont changé l’institution” (dans libé). Chapeau !

La seule sagesse que nous pouvons espérer acquérir
Est la sagesse de l’humilité : l’humilité n’a pas de limites.

— T.S. Elliot (East Coker)

Pour ne pas devenir totalement hors-sujet d’ici quelques années, l’enseignement supérieur français n’a pas besoin d’argent, mais de courage. Richard Descoings n’en manquait pas. Je n’ai aucun mal à comprendre l’attachement extraordinaire de ses élèves pour lui.

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